fbpx

reMarkable 2 : papier numérique, pas liseuse

La reMarkable 2 a tout d’une liseuse et n’en est pas une. Pas de boutique intégrée, pas de rétroéclairage, pas de couleur, pas de prise en charge du DRM. C’est une tablette d’écriture, vendue comme telle, et le constructeur l’a retirée de son catalogue. Voilà ce qu’il faut savoir avant d’en acheter une.

Le malentendu coûte cher. Beaucoup d’acheteurs découvrent après la commande qu’ils ne pourront pas lire au lit ni emprunter un livre en médiathèque. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas un défaut de fabrication, c’est le produit lui-même.

Pour qui cette tablette est faite

Elle vise les gens qui écrivent. Prise de notes en réunion, annotation de PDF, correction de documents, carnets de travail. Le constructeur a construit tout l’appareil autour de cette idée, jusqu’à supprimer les notifications, les réseaux sociaux et le magasin d’applications.

Elle convient aussi à ceux qui lisent beaucoup de documents techniques au format PDF et qui veulent les annoter à la main. Pour des romans, en revanche, une liseuse à 120 euros fait mieux pour bien moins cher. Si vous hésitez entre les deux familles d’appareils, le guide liseuse ou tablette pose les bonnes questions, et nos tests de liseuses d’autres marques couvrent le reste de la catégorie.

Écran et lisibilité

L’écran est une dalle monochrome de 10,3 pouces, avec une définition de 1 872 x 1 404 pixels pour 226 points par pouce, d’après la fiche technique du constructeur. La technologie est présentée comme un écran Canvas de deuxième génération, partiellement basé sur l’encre électronique Carta. Pas de couleur, pas de teintes intermédiaires autres que les niveaux de gris.

La grande différence avec une liseuse tient au rétroéclairage. Il n’y en a pas. L’écran est lisible en plein soleil, mieux que n’importe quelle liseuse, mais totalement inutilisable dans le noir. Vous dépendez de la lumière ambiante, comme avec une feuille de papier. C’est cohérent avec la promesse, et c’est un vrai problème pour la lecture du soir.

La densité de 226 points par pouce est inférieure aux 300 points par pouce des liseuses actuelles. Sur du texte courant, cela ne se voit pas. Sur des caractères fins ou des notes de bas de page dans un PDF, un peu de flou apparaît quand on zoome.

reMarkable 2 : une liseuse ou pas ?

La réponse est non, et ce n’est pas une question de vocabulaire. Une liseuse sert à acheter, stocker et lire des livres numériques protégés. L’appareil ne fait rien de tout cela.

Les formats acceptés à l’import sont le PDF et l’EPUB, d’après la fiche technique du constructeur. Vous pouvez donc y déposer des livres sans DRM, et c’est tout. Aucun fichier protégé par le DRM Adobe ne s’ouvrira, ce qui exclut de fait le prêt numérique en bibliothèque, le premier critère de choix pour beaucoup de lecteurs français. Aucune boutique n’est intégrée, aucun catalogue francophone n’est proposé, et aucune bibliothèque de livres n’est gérée par l’appareil.

Il faut assumer cette limite. Une Kobo ou une Vivlio se connecte à une médiathèque et à une librairie en ligne. Elle attend des fichiers, et rien d’autre.

Prise en main et ergonomie

Les chiffres donnent le ton. 187 mm sur 246 mm, 4,7 mm d’épaisseur, environ 403,5 grammes. Elle est deux fois plus épaisse que certaines tablettes récentes et bien plus lourde qu’une liseuse de 7 pouces, mais son profil très plat la rend confortable posée sur un bureau.

Le Marker ne se recharge pas et ne se jumelle pas. Il fonctionne sans pile, avec une mine à frottement élevé et une détection d’inclinaison. C’est un choix technique qui évite les mauvaises surprises, une panne de stylet ne pouvant pas arriver. Le stylo est vendu avec la tablette, ce qui n’est pas le cas partout.

La latence annoncée de 21 millisecondes reste, encore aujourd’hui, l’une des meilleures du marché de l’écriture sur encre électronique. C’est l’argument que les utilisateurs mettent le plus souvent en avant, et il tient depuis cinq ans.

Logiciel, formats et abonnements

Le système s’appelle Codex, c’est une distribution Linux maison. Elle ne donne accès à aucune boutique d’applications et le mode développeur n’est pas prévu. Vous restez donc dans l’écosystème du constructeur, avec ses applications compagnon pour ordinateur et mobile.

À l’export, la tablette produit du PDF, du SVG et du PNG. Vos notes peuvent donc sortir vers d’autres outils, ce qui compte pour un usage professionnel.

Un point pratique à connaître, le menu de la tablette est en anglais uniquement, toujours d’après la documentation du constructeur. La conversion d’écriture manuscrite prend en charge plusieurs langues, dont le français, mais l’interface reste anglaise.

L’abonnement Connect mérite un paragraphe à part. Sans lui, seuls les fichiers utilisés ou synchronisés dans les cinquante derniers jours restent stockés dans le cloud, et la prise de notes dans les applications mobile et ordinateur n’est pas disponible. Autrement dit, une partie des fonctions dépend d’un paiement récurrent. Sur une liseuse, ce genre de verrouillage n’existe pas.

Autonomie et stockage

La batterie annoncée est de 3 000 mAh, pour une autonomie annoncée pouvant atteindre deux semaines et un peu plus de trois mois en veille. L’absence de rétroéclairage aide évidemment beaucoup, puisque la fonction la plus gourmande en énergie n’existe pas.

Le stockage interne est de 8 Go, dont environ 6,5 Go réellement disponibles une fois le système installé, toujours selon la fiche technique. La mémoire vive est de 1 Go. Pour du texte et des PDF, cela suffit. Pour gérer une grande bibliothèque de BD scannées, non. Ce n’est pas le sujet de l’appareil.

Ce qui ne va pas

Le premier reproche est l’absence de rétroéclairage. Il découle du parti pris, mais il rend l’appareil inutilisable une bonne partie de la soirée, sauf à allumer une lampe. Une liseuse à moins de 150 euros règle ce problème, ce qui situe la tablette dans une catégorie d’usage très particulière.

Le deuxième reproche concerne l’abonnement. Conditionner la synchronisation longue durée et la prise de notes dans les applications à un paiement mensuel, sur une tablette vendue au prix du haut de gamme, est difficile à défendre. Ce n’est pas une option cosmétique, c’est une fonction centrale de l’écosystème.

Le troisième porte sur la fin de vie du produit. À la date de vérification, la fiche du fabricant présente la reMarkable 2 comme un modèle arrêté et renvoie vers la Paper Pure, qui prend sa place avec un écran également monochrome et un Marker inclus. Le constructeur continue de proposer des exemplaires reconditionnés, mais acheter neuf un appareil retiré du catalogue pose la question du suivi logiciel, des accessoires et de la valeur de revente.

Le quatrième est l’interface en anglais et l’impossibilité d’installer quoi que ce soit. Sur un appareil à ce prix, une interface non traduite en français en 2026 est un manque difficile à justifier, même si l’écriture manuscrite, elle, gère notre langue.

Trois alternatives à regarder

La reMarkable Paper Pure est la remplaçante directe, en noir et blanc également, avec un Marker fourni. Elle bénéficie d’un suivi logiciel actif, ce qui n’est plus garanti sur le modèle précédent.

La Kindle Scribe joue la même carte du grand écran à stylet, avec un écran de 10,2 pouces. Son avantage tient à la boutique intégrée et à la lecture de livres protégés par le DRM d’Amazon, son inconvénient à l’écosystème fermé.

La Kobo Elipsa 2E reste la meilleure réponse pour un lecteur français qui veut écrire et lire. Elle gère nativement le DRM Adobe, donc le prêt en médiathèque, ce que la reMarkable ne fera jamais. Le Kindle Scribe est également détaillé dans notre test, et comment bien choisir sa liseuse aide à trancher entre les deux approches.

Notre verdict

Notre verdict. La reMarkable 2 reste une excellente tablette d’écriture et une mauvaise liseuse. Pour qui c’est fait : ceux qui noircissent des pages tous les jours, annotent des PDF et veulent retrouver la sensation du papier sans lumière parasite. Pour qui ce n’est pas fait : les lecteurs de romans, les emprunteurs de médiathèque, et tous ceux qui lisent le soir sans allumer la lampe. Acheter aujourd’hui un modèle retiré du catalogue n’a de sens que si vous le trouvez reconditionné à un tarif nettement inférieur à celui de la remplaçante.

Questions fréquentes

Peut-on lire des ebooks sur la reMarkable 2 ?

Seulement des EPUB et des PDF sans protection. Les fichiers protégés par le DRM Adobe ne s’ouvrent pas, ce qui exclut la quasi-totalité des livres empruntés en médiathèque. Pour une bibliothèque numérique légale et libre de droits, l’appareil convient très bien.

La reMarkable 2 est-elle encore vendue ?

La fiche produit du constructeur la présente comme un modèle arrêté et renvoie vers la Paper Pure. Des exemplaires reconditionnés restent proposés par le fabricant, et des revendeurs spécialisés en listent également. Vérifiez la disponibilité au moment de l’achat.

L’abonnement Connect est-il obligatoire ?

Non, mais sans lui, seuls les fichiers synchronisés dans les cinquante derniers jours restent dans le cloud, et la prise de notes dans les applications mobile et ordinateur disparaît. L’écriture sur la tablette elle-même continue de fonctionner normalement.

Faut-il préférer une liseuse à cette tablette ?

Tout dépend de l’usage dominant. Si vous lisez surtout des romans, une liseuse coûte trois fois moins cher et apporte un rétroéclairage. Si vous écrivez et annotez tous les jours, cette tablette ou sa remplaçante n’ont pas d’équivalent en sensation de papier.

*Information à jour au 25 septembre 2026.*

Secret Link