La reMarkable Paper Pro ajoute la couleur et un éclairage frontal à la tablette à encre électronique norvégienne, pour un tarif qui frôle les 700 euros avec son stylet. Reste à savoir si ce supplément correspond à un usage réel.
La reMarkable Paper Pro n’est pas une liseuse au sens habituel. La marque vend un carnet numérique : on écrit à la main, on annote des documents, on lit ensuite. Les lecteurs qui cherchent d’abord à acheter des livres et à emprunter en médiathèque trouveront ici un appareil mal adapté, et nous y revenons plus bas.
Le cœur de cible tient en trois profils. L’étudiant qui veut annoter des PDF de cours et des articles scientifiques. Le professionnel qui prend des notes en réunion et cherche à ne pas être distrait par des notifications. Le dessinateur amateur qui a besoin de couleurs pour ses croquis, sans passer par une tablette à écran rétroéclairé.
Pour situer l’appareil dans la production de la marque et chez ses concurrents, notre sélection de tests de liseuses d’autres marques regroupe les modèles que nous avons passés au crible, du petit format au 10 pouces.
reMarkable utilise une dalle maison appelée Canvas Color, construite sur la technologie E Ink Gallery 3. Les chiffres annoncés par le constructeur donnent le cadre : 11,8 pouces au format 4/3, 2160 par 1620 pixels, soit 229 ppp, une latence de 12 millisecondes et 4096 niveaux de pression reconnus pour le stylet.
Sur le papier, les 229 ppp font tiquer. C’est moins que les 300 ppp d’une Kobo Libra Colour ou d’une Kindle Paperwhite. En noir et blanc, cela se voit peu, parce que la lumière réfléchie par la page reste confortable. En couleur, la limite est plus franche : les à-plats sont doux, les tons pastel, et il ne faut pas attendre la saturation d’un écran de tablette classique.
La latence de 12 millisecondes est en revanche le point fort de la machine. Le trait suit le stylet sans décalage perceptible, ce qui compte davantage pour l’écriture manuscrite que pour la lecture. C’est là que la Paper Pro creuse l’écart avec la plupart des carnets numériques concurrents.
L’éclairage frontal existe, ce qui n’était pas le cas sur la reMarkable 2. Il se règle en intensité, sur cinq paliers. Aucun réglage de température de couleur n’est proposé, contrairement à ce que font Kobo, Kindle et Vivlio sur leurs modèles. Pour lire au lit, l’absence de lumière chaude se remarque.
Le verre texturé remplace le plastique de la reMarkable 2. Le rendu au doigt est plus proche du papier, la brillance est bien maîtrisée, et le rejet de la paume fonctionne sur des sessions d’écriture longues.
Les cotes officielles sont de 196,6 millimètres sur 274,1 pour 5,1 millimètres d’épaisseur, pour un poids de 525 grammes. La finesse impressionne, le poids beaucoup moins. À titre de comparaison, la reMarkable 2 est annoncée autour de 400 grammes, et un bloc-notes papier A4 chargé reste plus léger que cette tablette.
Résultat : la Paper Pro se tient très bien posée à plat sur un bureau, tablette devenue le support d’écriture principal. Tenue d’une seule main, à la verticale, pour lire allongé, elle fatigue vite. C’est le reproche le plus récurrent qu’on lui fait, et il est justifié.
Il n’y a qu’un bouton, celui de mise en marche. Pas de boutons physiques de navigation, donc, et pas de lecteur d’empreintes. La page se tourne au doigt, sur un écran tactile capacitif réactif.
Le stylet fourni se recharge par aimantation le long de la tranche droite, d’après le constructeur, ce qui évite d’y penser. Deux packs existent, avec Marker ou Marker Plus, ce dernier ajoutant une gomme utilisable sans passer par un menu.
C’est le point qui fâche, et il faut le dire nettement. La fiche technique du constructeur liste deux formats d’import : le PDF et l’EPUB. En export, la tablette produit du PDF, du SVG et du PNG. Rien de plus.
Aucune prise en charge des livres protégés par Adobe DRM. Concrètement, un roman emprunté à une médiathèque municipale, au format EPUB protégé, ne s’ouvrira pas. Pour un lecteur français, c’est un critère bloquant, et c’est le premier argument qui fait pencher vers une liseuse classique plutôt que vers cette tablette.
Le système d’exploitation est une distribution Linux maison, fermée. On ne trouve ni magasin de livres intégré, ni application de lecture tierce, ni navigateur web. La tablette lit les fichiers qu’on lui envoie, point. Ceux qui veulent un appareil ouvert, avec Android et Play Store, regarderont plutôt du côté des Boox, dont nous avons testé la Note Air 5C en couleur.
L’écosystème logiciel tient à trois choses. L’application de bureau et mobile, disponible sur macOS, Windows, iOS et Android, qui permet de consulter et réorganiser ses notes. L’abonnement Connect, payant, qui débloque la recherche dans l’écriture manuscrite, la synchronisation cloud illimitée et les intégrations avec des outils de travail. Et un quota de synchronisation limité pour ceux qui restent sur l’offre gratuite.
Pas de Bluetooth, pas de haut-parleur, pas de lecture audio. Aucun livre audio ne sera écoutable ici. La marque ne cache pas ce choix, elle vend la concentration avant tout.
La batterie est annoncée à 5030 mAh, avec une autonomie de deux semaines environ en usage courant et jusqu’à 90 jours en veille, pour une recharge de 0 à 90 % en 90 minutes. Ce sont des chiffres du constructeur, pas une mesure que nous avons réalisée. En usage réel, tout dépend du rétroéclairage et du temps d’écriture, deux postes gourmands.
Le stockage interne atteint 64 Go, dont environ 46 Go réellement libres une fois le système installé, toujours d’après la fiche technique. Les carnets et les PDF annotés ne pèsent pas lourd, la capacité ne sera jamais un sujet.
La connectivité se limite au Wi-Fi bi-bande, 2,4 et 5 GHz, et à un port USB-C. Pas de carte mémoire, pas de 4G.
À environ 650 euros avec le Marker, et jusqu’à près de 680 euros avec le Marker Plus, la tablette se situe au niveau d’un ordinateur portable d’entrée de gamme, relevé en septembre 2026. Le rapport entre le prix et ce que l’appareil sait faire mérite d’être posé franchement : pour ce budget, on peut s’offrir une liseuse couleur de 7 pouces et garder de quoi acheter une centaine de livres.
L’absence de DRM Adobe est le défaut le plus concret. Un appareil vendu comme un outil de lecture haut de gamme qui refuse les fichiers protégés des bibliothèques publiques françaises, c’est une limitation difficile à défendre en 2026. Il faut passer par des fichiers sans protection, ce qui exclut l’essentiel du catalogue commercial.
Le poids ensuite. 525 grammes, c’est presque un tiers de plus que la reMarkable 2, pour un écran qui ne gagne qu’un pouce et demi de diagonale. Tenir la tablette en main pendant une heure de lecture devient un exercice.
La définition de 229 ppp nous laisse aussi sur notre faim. Sur un appareil deux fois plus cher qu’une liseuse couleur classique, on attendait au moins la finesse des dalles à 300 ppp. Les couleurs douces passent encore, les textes fins en couleur perdent en netteté.
Il manque enfin des fonctions élémentaires en 2026 : réglage de la température de couleur de l’éclairage, lecture audio, extension de stockage, et un magasin de livres digne de ce nom. Ajoutez la distribution : la Paper Pro n’est pas visible en démonstration dans les enseignes françaises qui la référencent, l’essai en magasin est donc impossible avant d’engager une telle somme.
La Paper Pro Move d’abord, sortie par la même marque. Écran de 7,3 pouces, 264 ppp, éclairage frontal, toujours en couleur, annoncée à 499 dollars aux États-Unis. Elle perd la grande surface d’écriture mais gagne en mobilité et coûte sensiblement moins cher.
La Boox Note Air 5C ensuite, pour qui veut la couleur et un système Android. Elle accepte davantage de formats, autorise l’installation d’applications de lecture, et se négocie nettement moins cher que la Paper Pro. Sa dalle est également une Gallery 3, avec les mêmes limites de saturation.
La Kobo Elipsa 2E pour finir, si l’objectif est d’écrire un peu et de lire beaucoup. Dalle noir et blanc de 10,3 pouces, prise en charge d’Adobe DRM, magasin intégré, emprunts en médiathèque possibles. Elle est vendue bien en dessous du tarif reMarkable et fera le travail pour la majorité des lecteurs.
Pour compléter la comparaison, notre test de la reMarkable 2 montre ce que la marque faisait avant la couleur.
Notre dossier sur les liseuses grand format aide aussi à fixer la taille d’écran utile selon l’usage.
La reMarkable Paper Pro est un excellent carnet numérique et une liseuse médiocre. Pour qui oui : vous écrivez beaucoup à la main, vous annotez des PDF, vous voulez une distraction zéro et la couleur vous sert à structurer vos notes. Le budget est alors celui d’un outil de travail, et la qualité d’écriture le justifie. Pour qui non : vous lisez surtout des romans achetés ou empruntés. L’absence de DRM, le poids et le prix en font un très mauvais choix, qu’une liseuse à 200 euros remplacera plus utilement.
Non. La tablette importe uniquement des PDF et des EPUB sans protection. Les EPUB protégés par Adobe DRM, format utilisé par la plupart des bibliothèques publiques françaises, ne s’ouvrent pas. Il faut passer par une liseuse Kobo, Vivlio, PocketBook ou par une application de lecture Android pour accéder aux prêts numériques.
Non, mais il change l’expérience. Sans abonnement, les fonctions d’écriture et de lecture restent disponibles avec une synchronisation limitée. Connect débloque la recherche dans l’écriture manuscrite, la synchronisation cloud illimitée et les intégrations avec des outils de travail. C’est un service payant, à évaluer selon votre usage.
Oui, elle est livrée en France et référencée chez plusieurs revendeurs, avec un prix qui tourne autour de 650 à 680 euros selon le stylet inclus, relevé en septembre 2026. Aucune enseigne ne la propose en démonstration, l’achat se fait donc sans essai préalable du stylet.
Si vous écrivez peu et lisez beaucoup, la Move de 7,3 pouces est plus légère, plus transportable et moins chère. Si vous annotez des documents A4 ou dessinez, la surface de 11,8 pouces reste irremplaçable et la Paper Pro garde l’avantage malgré son poids.
Information à jour au 26 septembre 2026.